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Près de 57.000 contrats sont bloqués
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Les mainlevées étatiques nécessiteraient authentification
selon le sulfureux article 1
La
loi sur la copropriété bloque encore. Et cette fois-ci,
c’est au niveau de la Conservation foncière. Après
la liste des professionnels habilités à dresser des actes
touchant la copropriété, «qui ne sera disponible que
dans 3, voire 4 mois», selon un responsable du Secrétariat
général du Gouvernement (SGG), c’est au tour de la
mainlevée octroyée par le ministère des Finances
de rencontrer des obstacles. Il convient de rappeler que les promoteurs
qui envisagent de construire avant un délai de 7 ans bénéficient
d’une remise de 50% sur les frais d’enregistrement. Les taux
passent ainsi de 5% à 2,5%. Mais pour cela, ils sont dans l’obligation
d’hypothéquer leur terrain. Cette hypothèque de 1er
rang constitue donc une garantie du respect de ces engagements par le
promoteur.
Une fois les constructions terminées, les promoteurs se retrouvent
coincés car la Conservation foncière refuse la mainlevée
octroyée par l’administration, cet acte devant être
authentifié selon l’article 12 de la nouvelle loi. «Ce
document est automatiquement refusé à la Conservation foncière,
qui exige que cet acte soit authentique ou ayant date certaine»,
constate un notaire de Rabat. «Reste que c’est un document
délivré par l’administration et qui n’a aucun
besoin d’être authentifié», indique Mohamed Alami,
notaire à Casablanca. «La nouvelle loi a tout simplement
bloqué la procédure», soutient Alami. En effet, les
promoteurs se retrouvent ainsi pris dans l’étau de l’administration.
D’un côté, des mainlevées administratives ne
nécessitant pas, selon les professionnels, une authentification,
et de l’autre, le conservateur foncier qui refuse de lever l’hypothèque
tant que ce document n’est pas conforme à l’article.
«C’est scandaleux, s’écrie un promoteur qui requiert
l’anonymat, outre les aberrations théoriques qu’elle
implique, cette loi bloque tout le secteur immobilier. Le refus de lever
l’hypothèque nous pénalise encore plus. Nous ne pouvons
pas vendre et par conséquent, sommes incapables de rembourser nos
traites». Notaires, promoteurs immobiliers et clients, tous semblent
être lésés par l’article 12.
Reste à savoir quelle solution apporter à cette problématique.
Selon Maître Alami, la loi aurait dû prévoir une exception,
«ne serait-ce que pour ce volet très particulier de la mainlevée
étatique». Toujours d’après ce notaire, l’exemple
de la loi française est très édifiant. En effet,
selon une instruction française du 31 décembre 1971, «l’acte
de mainlevée nécessaire à la radiation d’une
inscription notamment une hypothèque, bénéficiant
à la puissance publique peut être dressé par celle-ci
en la forme qui lui est propre et à laquelle s’attache, naturellement,
le caractère d’authenticité».
Aussi en France, les comptables de la direction générale
des impôts sont indiscutablement fondés à donner mainlevée
des inscriptions prises en garantie de créances fiscales ou domaniales.
Ce document constitue donc une simple déclaration écrite
datée et signée. «Pourquoi ne prévoirait-on
pas une exception similaire dans le droit positif marocain?» s’interroge
Alami.
Par ailleurs, le problème de la mainlevée étatique
ne constitue pas le seul obstacle à l’application de ce texte.
Et si les raisons sont diverses, le résultat est alarmant. «Ce
sont près de 57.000 contrats qui sont bloqués au niveau
des conservations foncières à travers tout le Royaume»,
affirme un responsable de cette Administration. Outre les tractations
entre les différents professionnels de l’immobilier qui peinent
à uniformiser leurs procédures, c’est la liste des
professionnels habilités à dresser des actes touchant la
copropriété qui continue de susciter les débats.
Cette liste n’ayant pas encore été établie,
les clients sont obligés de signer leurs contrats devant un notaire
et par conséquent de payer plus de frais. «Les avocats agréés
auprès de la Cour suprême doivent légaliser les actes
auprès du secrétariat greffe du tribunal, ce qui alourdit
la procédure, et les actes adoulaires sont majoritairement refusés
par les banques», fait observer un professionnel. C’est un
véritable goulot d’étranglement qui obstrue la bonne
marche des affaires depuis l’entrée en vigueur de cette loi,
le 8 novembre dernier. Autrement dit, cela fait exactement un mois et
demi que les professionnels ne savent plus à quel saint se vouer.
Paru
dans L'economiste
n°1668 du 23 décembre 2003
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